ZIMMERWALD

Ce livre est composé pour l’essentiel, de textes écrits, de décembre 1914 au 1er mai 1916, ce qui en fait de véritables documents historiques. Diffusés malgré la censure, sous forme de brochures, de tracts (parfois tirés à 500.000 exemplaires) ou de simples comptes rendus verbaux, il est remarquable qu’ils aient pu être réunis en un seul livre et publiés un siècle après.

Pour un certain nombre de vieux militants syndicaux et/ou politiques – dont je suis – Zimmerwald c’est un nom qui claque. Comme celui de Potemkine : un repère culturel, clairement assumé depuis longtemps et qui perdure.
Ce nom est celui d’un petit village Suisse dans lequel, en septembre 1915, en pleine folie guerrière, une poignée de militants délégués, (38 exactement) restés fidèles aux décisions de congrès et aux valeurs de l’internationale socialiste vont se réunir pour discuter de la vraie nature de ce conflit mondial et rappeler aux prolétaires d’Europe qu’ils n’ont pas de patrie. Ils vont condamner la politique d’union sacrée dans laquelle les dirigeants socialistes et syndicaux, Français et  Allemand, (et ceux de 10 autres pays européens) ont conduit les prolétaires à s’entre tuer, en devenant des instruments de la politique de guerre de leurs gouvernements respectifs. Le compte rendu dit «officiel» relate les préliminaires difficiles de cette conférence, organisée clandestinement, à l’initiative des dirigeants socialistes de la Suisse, pays neutre, dans le contexte militaire et xénophobe de l’époque, ainsi que les délibérations, toutes prises à l’unanimité. La déclaration franco-allemande rédigée par deux délégués de chaque pays est sans ambiguïté : «Nous socialistes et syndicalistes allemands et français, nous affirmons que cette guerre n’est pas notre guerre».

La délégation Française comprenait Albert Bourderon, membre du Parti socialiste et secrétaire de la Fédération du Tonneau de la CGT, ainsi que Alphonse Merrheim, secrétaire de la Fédération des métaux CGT et dirigeant de la minorité confédérale opposée à la guerre, seul participant à ne pas
être adhérent à un parti socialiste. En l’absence de Jaurès assassiné, les dirigeants socialiste français de premier plan (Guesde, Cachin, Jouhaux, Sembat, Thomas…), tous passés à l’union sacrée avec le gouvernement, n’étaient évidemment pas invités.
Pierre Monatte le fondateur de la V.O en 1909, opposant résolu à la guerre, aurait dû faire parti de la délégation mais suite à sa démission du Comité confédéral de la CGT, le 6 décembre 1914 dans lequel il représentait l’UD-CGT du Gard, il a été rapidement mobilisé. Sa lettre de démission,
adressée à ses mandataires de l’UD et à de nombreux militants, fait partie des documents aussi précis qu’édifiants, publiés par l’ouvrage.
Parmi les autres textes peu connus, on trouve aussi l’Appel de la conférence internationale des femmes socialistes de huit pays européens, réunie à Berne en mars 1915 à l’initiative de Clara Zetkin : «Femmes du prolétariat, ou sont vos maris? Ou sont vos fils?» . Diffusé clandestinement en France sous forme de tract, par la socialiste Louise Saumoneau, ce qui lui vaudra d’être arrêtée et emprisonnée.
Le corédacteur du «Manifeste aux prolétaires d’Europe» autre document important, n’était autre que Trotski qui, avec Zinoviev et Lénine, faisait partie des sept militants socialistes de l’Empire russe. Ce texte interpelle directement les prolétaires : «Vous, hier exploités, dépossédés, méprisés, on vous a appelés frères et camarades quand il s’est agi de vous envoyer au massacre et à la mort »… mais «quels que soient les responsables immédiats du déchaînement de cette guerre, une chose est certaine: la guerre qui a provoqué tout ce chaos est le produit de l’impérialisme. Elle est issue de la volonté des classes capitalistes de chaque nation de vivre de l’exploitation du travail humain et des richesses naturelles de l’univers».
Le but de la conférence de Zimmerwald visait à rassembler le courant socialiste international sur des positions de classe, et à vaincre dans chaque pays belligérants, la triple censure, gouvernementale, socialiste et syndicale sur les vrais buts de guerre, pour réclamer une paix rapide, sans annexion. Elle aura une influence capitale dans plusieurs pays et recueillera de nombreuses adhésions. Mais surtout, elle sera et restera le symbole du courage politique face au déferlement guerrier de l’impérialisme européen. Dans l’immédiat, elle va contribuer à développer le courant pacifiste et antimilitariste, ce qui n’était pas rien dans le contexte de l’époque.
Pour aller plus loin, ses délégués convoquèrent une deuxième conférence socialiste internationale en avril 1916, dite de Kiental, en Suisse, en reprenant le mot d’ordre abandonné en 1914 de «guerre à la guerre ! » . Le Manifeste de Kiental se terminait par le constat «qu’il n’y a qu’un moyen définitif d’empêcher les guerres futures: c’est la conquête du gouvernement et de la propriété capitaliste par les peuples eux-mêmes». La révolution d’octobre 1917 en Russie répondra à cette aspiration quand, dés sa prise de pouvoir, la première décision prise par les bolcheviques sera de … déclarer la Paix au monde entier.
Zimmerwald c’est l’honneur du mouvement ouvrier. Et aussi celui des militants de la CGT restés fidèles à l’internationalisme dans un moment d’ivresse patriotique rarement atteint. Il y a peu de chance que les cérémonies officielles de commémoration de la grande Guerre abordent un jour cet
aspect fondamental. Raison de plus – tout en respectant les millions de victimes de cette tuerie – de ne pas se laisser intoxiquer par les idées dominantes, comme l’ont fait – dans d’autres circonstances – ces militants. Des documents exceptionnels, à connaître, à lire, à relire. Indispensables pour garder les idées claires.
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(1) «Zimmerwald, l’internationalisme contre la première guerre mondiale» par Julien Chuzeville,
historien. Édit. Demopolis, 2015. 160 pages 19€. A réserver pour lecture à la bibliothèque de l’ IHS-CGT 30
Max PETIT, ihs-cgt 30

Le Feu 1916 Henri Barbusse.


En cette période de commémoration du centenaire de la Guerre 1914-1918, nous sommes assaillis de livre sur cette période.

Certains ouvrages vont jusqu’à ignorer l’existence de Jean Jaurès, d’autres le récupèrent à des fins politiques. Certains réduisent les causes la guerre à l’assassinat d’un archiduc, d’autres s’extasient sur les avancées des techniques guerrières employées pendant ces 4 ans de tueries.

Pour nous passionnés de l’histoire de la vie des plus humbles qui ont payé le plus fort tribut du massacre, nous ne pouvons-nous satisfaire de ces lectures.
En attendant la contribution de l’IHS CGT du Gard sur le sujet nous vous conseillons de lire ou de relire le Feu d’Henri Barbusse. Ce roman est tiré des carnets de guerre d’Henri Barbusse qu’il a écrits en tant que fantassin engagé volontaire, il a 41 ans en 1914. Il participe sur le front de décembre 1914 aux batailles de Croury, celles de Soissons et dans l’Artois de décembre 1914 à novembre 1915.
Ce texte est construit comme des reportages sur le vécu d’une escouade de soldats survivant au front. Chacun des paragraphes est une description de la vie quotidienne des poilus dans les tranchés.
Ce qu’il décrit est la réalité dans toute la cruauté de la guerre. Tous les instants sont décortiqués du combat à la permission, des corvées aux relèves, des héros anonymes aux embusqués de l’arrière.
Henri Barbusse donne la parole « à la chair à canon » qui sont les véritables héros pas de place ici aux généraux, maréchaux ou autres stratèges. C’est le simple soldat qui est le centre d’intérêt et c’est dans son langage qu’il s’exprime, renforçant l’identité sociale des personnages.
Le feu d’Henri Barbusse Prix Goncourt 1916 est une œuvre de témoignage, mais surtout un message pacifiste.
Henri Barbusse fut cofondateur et premier président de l’Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC).

Bonne lecture à tous

Pour l’IHS CGT 30

Alain BALME

« Le Père Tomori, ou l’Albanie selon Jean Brécot » Par Gaston Monmoussea

– L’auteur :

Gaston Monmousseau (1883-1960) fut un militant syndical cheminot élu secrétaire de la Fédération CGT en 1920, puis secrétaire général de la CGTU de 1922 à 1932, membre du Bureau politique du PCF de 1925 à 1939 puis de 1956 à sa mort en 1960. Il fut aussi directeur de la V.O.

– L’ouvrage :

Un mot sur le titre : « Le père Tomori » n’est pas une personne, mais le nom d’une petite chaîne de montagne au sud de l’Albanie mesurant environ 30 km de long sur une dizaine de larges et culminant au mont Çuka Partizane à 2416 mètres.
Une curiosité, l’utilisation de son pseudonyme « selon Jean Brécot » doublée de son vrai nom « Gaston Monmousseau ». Monmousseau avait commencé à utiliser le pseudonyme de Brécot dans des articles de la V.O. en 1921, mais sans dévoiler son vrai nom. Par la suite, il a repris ce pseudonyme dans une série d’ouvrages « La Chine, selon Jean Brécot », « L’oncle Eugène, selon Jean Brécot », etc. mais en ajoutant toujours sa vraie identité.
L’ouvrage lui-même : publié un an après la publication de « La Chine, selon Jean Brécot » (1956), l’auteur a publié « Le Père Tomori, selon Jean Brécot » en 1957.  L’auteur, militant communiste convaincu et admirateur de l’Union Soviétique de son temps, veut témoigner – avec ces deux récits de voyage de pays en voie d’évolution vers le socialisme. Il sait qu’on va lui reprocher cette vision idéalisée de la situation qu’il décrit aussi, dans un long avertissement « à ses lecteurs et lectrices » il écrit : « Quelqu’un m’a déjà reproché d’avoir manqué d’objectivité en décrivant mon voyage en Chine. Je crains d’encourir ce même reproche aujourd’hui de mon voyage en Albanie… J’ai les yeux de mes opinions pour regarder les images de la vie ».
Monmousseau visite l’Albanie du Nord au Sud et retour en 1956, une douzaine d’années après la libération du pays et la mise en place d’un gouvernement communiste. Son récit se veut touristique mais il insiste (parfois lourdement) sur les efforts du peuple albanais qui, comme en Chine, en quelques années espère remplacer le féodalisme par le pouvoir populaire. Il nous donne maints exemples des progrès réalisés au niveau de l’agriculture, de l’industrie, de l’éducation publique, etc… Mais on sent qu’il craint de ne pas convaincre ses lecteurs, aussi, page 120 il glisse la phrase suivante : « …Lecteurs, ce Paris d’aujourd’hui dont vous êtes fiers à bon droit est l’œuvre de quatre siècles à partir des Tuileries. Vous pouvez bien accorder deux ou trois décades à nos frères Albanais, à leur Parti Communiste et à leurs syndicats ».

– Mon avis personnel :

Cet ouvrage est à replacer dans son temps et dans l’esprit militant de l’auteur. Malheureusement l’histoire nous a démontré que ces belles espérances n’ont pas abouti. Le stalinien Enver Hoxha, chef du gouvernement et Premier secrétaire du Parti Communiste Albanais, suscite l’admiration de l’auteur. Il est vrai qu’en 1957 il peut encore se poser en « libérateur » du pays, mais rapidement il mettra en place un régime très sévère basé sur la répression. Admirateur inconditionnel de Staline, Hoxha rompra avec l’URSS après le décès de Staline, tout comme il rompra plus tard
avec la Chine à la disparition de Mao.

François Ancelin (03/03/2016)